04.10.2007
Le texte source de J. de Romilly
Les mots proposés étaient, dans "Le jardin des mots" de Jacqueline de Romilly, au chapitre " Les mots aussi peuvent mourir" (p.28, 29):
malandrin-Robert-billevesées-conneries-étonné-adorer-carottes-génial-tonnerre-chocolat-blues-instable-ménagère- usez-propre.
"Pour désigner un homme de moeurs crapuleuses ou un brigand, on disait couramment arsouille ou bien malandrin. Nul ne le dit plus et le dernier , malandrin, est indiqué dans le dictionnaire Robert comme "vieilli ou littéraire". De même, des mots qui sentent un peu trop leur bourgeoisie et les habitudes d'antan connaissent une crise. On ne dit plus guère des sornettes, des fadaises, des billevesées : ces mots paraissent, selon un adjectif lui aussi vieilli, "désuets" ; et l'on dira, en général - je le regrette- , des conneries ! ..."
(Autres causes d'usure)..." Des mots qui étaient forts au XVIIe siècle comme être étonné, ce qui veut dire être frappé de la foudre, s'affaiblissent au point que ce dernier signifie simplement "surpris". Or cette tendance à l'exagération a toujours existé... Mais de notre temps, cette tendance se déchaîne. Nous disons adorer le chocolat alors que l'on ne devrait adorer que Dieu. Le mot formidable, qui exprimait la terreur, l'effroi, est devenu simplement l'accueil d'une bonne nouvelle : "Ah, les carottes ont baissé, c'est formidable !" Le mot génial, qui s'appliquait vraiment à des dons tout à fait exceptionnels, s'est usé tout de suite, au point de vouloir dire seulement "satisfaisant" : "Gagner au Loto, c'est génial !"
Et l'on en rajoute au fur et à mesure de l'usure. On emprunte à tous les vocabulaires ; on dit qu'une chose est sensationnelle ou bien qu'elle est du tonnerre, pour des petits riens de la vie quotidienne.
Il faut dire que lorsqu'il s'agit de nos sentiments, nous ne lésinons pas ! Je pense à ce beau mot de mélancolie (...) ce sera à une époque le spleen, à une autre le blues, en notre temps le cafard... Les mots passent, au gré d'une mode instable qui en use beaucoup.
Un simple conseil, un conseil de ménagère : n'usez pas trop vite les mots ! Il est si beau de les garder bien propres et brillants, variés, tous disponibles ! S'il vous plaît, ne les galvaudez pas, ou pas trop. "
Un petit commentaire. Ce que disait l'auteur en 1999, est plus valable que jamais, mais les amoureux des mots veillent et enregistrent même ce qui leur semble utile à faire connaître comme à conserver l les nouveaux mots du Nouveau Robert ou le Glossaire des mots des banlieues paru en librairie aujourd'hui justement. Et que dire des mots locaux , tellement savoureux (pour les gourmets que nous sommes) et souvent irremplaçables !
Qu'en pensez-vous ?
Nène
16:55 Publié dans gourmandises de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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